Priere – Une tente dressée sur la montagne de la Transfiguration. Fragilité du vase et toucher divin – Partage communautaire de la Parole de Dieu

 FR (pdf)

Préparation du Jubilé des 100 ans de notre Congrégation
Partage communautaire de la Parole de Dieu – Commentaire de S?ur Sofija Ošmjanska C.S.C.I.J.

JUIN 2020 : Mt 17, 1-8.

Pri?re – Une tente dressée sur la montagne de la Transfiguration.
Fragilité du vase et toucher divin.

1?re Partie

Les P?res de l’Église, les orientaux en particulier, comparent la pri?re chrétienne ? la participation au myst?re de la Transfiguration. Aussi les mystiques chrétiens, en particulier saint Jean de la Croix, montrent la pri?re contemplative comme un moyen de parvenir ? l’union transfigurante avec le Christ.

Dans le myst?re de la Transfiguration, nous contemplons la divinité du Christ ? travers la Face de son Humanité et déj? nous participons ? la Gloire qui attend les enfants d?adoption[1]. La sc?ne de la Transfiguration présentée par les Évangiles synoptiques illustre bien les deux réalités constituant la part des enfants de Dieu ici sur terre : la contemplation de la Divinité du Christ sur la Face de son Humanité et l’expérience de leur propre fragilité.

L’apôtre Paul en parle dans sa deuxi?me lettre aux Corinthiens :
Car Dieu qui a dit : Du milieu des tén?bres brillera la lumi?re, a lui-m?me brillé dans nos c?urs pour faire resplendir la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ (2 Co 4,6).

Et :
Mais ce trésor, nous le portons comme dans des vases d?argile ; ainsi, on voit bien que cette puissance extraordinaire appartient ? Dieu et ne vient pas de nous (2 Co 4, 7).

Saint Jean Évangéliste, bien qu’il en f?t le participant, ne parle pas de l’événement de la Transfiguration du Seigneur dans son Évangile, partagera son expérience spirituelle dans l’Apocalypse :

Sa t?te et ses cheveux étaient blancs comme la laine blanche, comme la neige, et ses yeux comme une flamme ardente ; ses pieds semblaient d?un bronze précieux affiné au creuset, et sa voix était comme la voix des grandes eaux (…) Son visage brillait comme brille le soleil dans sa puissance. Quand je le vis, je tombai ? ses pieds comme mort, mais il posa sur moi sa main droite, en disant : Ne crains pas ! (Ap 1, 14-18).

Aussi bien les Évangiles synoptiques décrivant la Transfiguration du Christ que Jean dans l’Apocalypse, nous font partager une impression qui ressemble ? la théophanie dans l’Ancien Testament, o? une vision de la Gloire de Dieu inspire la peur ? celui qui en bénéficie puis elle s?ach?ve par un toucher de Dieu (cf. Is 6, 1-7).

La pri?re contemplative montre le mieux la tension étant notre part ici-bas qui semble étirer nos vies entre les deux pôles : celui de la vision de la gloire de Dieu :
Son visage devint brillant comme le soleil, et ses v?tements, blancs comme la lumi?re.
et celui d?un sentiment de notre indignité :
Les disciples tomb?rent face contre terre et furent saisis d?une grande crainte.

Différemment de l’Ancien Testament, la Bonne Nouvelle nous montre le Dieu qui rév?le sa Gloire par la Tr?s Sainte Humanité du Christ, c’est-?-dire une Divinité cachée sous un voile restant visible pour l’homme mortel.

Cette vision conduit les disciples ? l’admiration :
Seigneur, il est bon que nous soyons ici.

La voix prophétique de cette expérience est déj? présente dans l’admiration du psalmiste :
Tu es beau comme aucun des enfants de l’homme, la grâce est répandue sur tes l?vres. (Ps. 44, 3).

Et dans celle de la bien-aimée du Cantique des cantiques :
Délice, l?odeur de tes parfums ; ton nom, un parfum qui s?épanche : ainsi t?aiment les jeunes filles !
Entraîne-moi : ? ta suite, courons ! Le roi m?a fait entrer en ses demeures. En toi, notre f?te et notre joie ! Nous redirons tes amours, meilleures que le vin : il est juste de t?aimer (Ct 1, 3-4).

Un autre aspect important du passage que nous méditons est l?expression du désir des enfants d?adoption de participer ? la Gloire de Dieu :

Je vais dresser ici trois tentes.

Ces paroles de Pierre en ravissement décrivent ce qui, avant l’Incarnation du Christ, n’était pas possible : pouvoir participer ? la communion de la vie des saints qui contemplent la gloire de Dieu dans Son Royaume. Ce n’est qu’apr?s que le Verbe de Dieu ait littéralement ? dressé sa tente parmi nous ? (Jn 1, 14)[2] qu’il nous est devenu possible de dresser la tente sur le mont Thabor. Et demeurer dans cette tente désigne symboliquement le temps que nous donnons ? la pri?re lorsque

nous reflétons la gloire du Seigneur, et nous sommes transformés en son image avec une gloire de plus en plus grande, par l?action du Seigneur qui est Esprit (2 Co 3, 18).

Dans notre pri?re l?extase n?est pas toujours au rendez-vous, parfois la lumi?re du Seigneur aveugle tellement nos facultés spirituelles que nous nous sentons comme dans la nuit et écrasés sous la main de Dieu comme Job[3].

Mais le plus important est que demeurer dans cette tente (que ce soit la grotte d’Élie ou encore la Plaie du C?ur de Jésus[4]) nous transforme : grâce ? l’Esprit du Seigneur, nous sommes transformés en son image (2 Co 3,18), c?est ? dire nous devenons de plus en plus comme Lui, nous devenons fils de Dieu.

La conscience de l’immensité de Sa Gloire nous pousse ? nous prosterner ? ses pieds :
Quand je le vis, je tombai ? ses pieds comme mort (Ap 1,17).

Dans la pri?re, l’expérience de la Gloire du Thabor fait naître dans l?homme comme un sentiment de déchirement[5] qui vient de la tension entre la vie de la Gloire de Dieu et la fragilité du vase de notre corps.

Saint Jean de la Croix et Sainte Thér?se de Jésus décrivent leur expérience d’?tre blessée par l’Amour de Dieu. Cette blessure est douce et en m?me temps pleine de souffrance car il n’est pas encore possible de voir pleinement Celui qui touche l’âme :

? comme une blessure désormais convertie en plaie, avec laquelle l’âme se sent véritablement blessée d’amour. Et cette plaie se fait dans l’âme au moyen de la connaissance des ?uvres de l’incarnation du Verbe et des myst?res de la foi ; qui, pour ?tre les plus grandes ?uvres de Dieu et qui renferment en elles un plus grand amour que celles des créatures, font dans l’âme un plus grand effet d’amour ?[6].

Jésus s?approcha, les toucha et leur dit : ? Relevez-vous et soyez sans crainte !  (Mt 17, 7).

Il posa sur moi sa main droite, en disant : ? Ne crains pas ? (Ap 1, 17)

Le toucher de Jésus dont les disciples font l’expérience est comme un pont jeté entre la Gloire inaccessible de Dieu d?une part et la mis?re abyssale de l’homme d?autre part. L?Incarnation du Fils de Dieu est ce toucher divin grâce auquel Sa tr?s Sainte Humanité devient la Tente o? le Divin se rencontre avec l’humain.

Seigneur, donne-moi la grâce de demeurer dans cette Tente de la Rencontre !

[1] Pri?re d?ouverture de la Messe de la Transfiguration : Dieu, vous avez affermi les myst?res de la foi dans la glorieuse Transfiguration de votre Fils unique, par le témoignage des anciens p?res, et, par la voix que vous avez fait entendre dans la nuée lumineuse, vous nous avez marqués de la grâce de la parfaite adoption : faites-nous, au moyen de votre miséricorde, cohéritiers de ce m?me Roi de gloire et participants de cette m?me gloire.
[2] En grec : ????? ???? ??????? ??? ????????? ?? ????
[3] En lien avec la définition de la contemplation chez St Jean de la Croix
[4] Cf. Partage de la Parole, Février 2020
[5] Cf. Ste Thér?se de Jésus, Château intérieur, VI?me demeures, chapitre 7, 1-9
[6] St Jean de la Croix, Cantique spirituel B 7,3 ; Cf. Ste Thér?se de Jésus, Château intérieur, VI?me demeures, chapitre 2, 1-4

Posted in Aktualności, Dzielenie się Słowem Bożym, formacja, Francja, j. francuski and tagged , , , , .